Jardin

Les taupinières se multiplient sur la pelouse, et la terre qu’elles remontent n’est pas à jeter

Vous sortez un matin et la pelouse ressemble à un champ de petits volcans. Pas de panique, et surtout pas de pelle à la main pour tout balayer à la poubelle. Ces tas de terre sont le signe d’une taupe très active, et ce qu’ils contiennent peut servir à votre jardin.

Pourquoi les taupinières se multiplient à l’automne

Quand septembre arrive, la taupe a du pain sur la planche. Les fortes chaleurs de l’été ont asséché et durci le sol en profondeur, ce qui rend le creusement pénible. Dès que l’humidité revient, la terre s’assouplit et le réseau souterrain peut s’étendre.

Chaque monticule correspond à la terre évacuée par l’animal au fil de ses galeries. La taupinière n’est donc que la partie visible de l’iceberg : dessous, tout un réseau de couloirs s’étire parfois bien plus loin que ce que l’on imagine.

Autre bonne raison de s’activer pour elle : le retour de l’humidité favorise la circulation des vers de terre et des petits invertébrés, qui forment, avec les larves, la base de son menu. Elle creuse là où ça mange, tout simplement.

La terre des taupinières : une ressource à réutiliser

Ce que vous prenez pour un tas de terre inutile vient en grande partie des couches profondes du sol. En creusant, la taupe mélange les différents niveaux et remonte vers la surface des minéraux et des particules qui deviennent directement disponibles pour les plantes. Cette terre remontée peut donc être réutilisée au lieu d’être jetée.

Elle a un autre atout : elle est fine, meuble, souvent débarrassée de gros cailloux et d’herbes. De quoi la rendre agréable à manipuler, surtout juste après une pluie, quand elle n’est ni détrempée ni sèche comme de la poussière.

Que faire de la terre remontée : tamisage et usages au jardin

Poudre brune fine tamisee dans une brouette verte

Première étape : laissez les taupinières ressuyer une journée ou deux si elles sont trempées. Ramassez-les ensuite à la pelle ou à la main, puis passez la terre au tamis (un simple tamis de jardin suffit) pour retirer racines, cailloux et morceaux de gazon. Ce tamisage donne une terre fine, prête à servir.

Voici les usages les plus pratiques :

  • reboucher les creux et les zones tassées de la pelouse, en étalant une fine couche puis en ressemant si besoin ;
  • remplir des jardinières ou des pots en la mélangeant à du compost ;
  • enrichir un massif de fleurs ou d’arbustes, en l’incorporant à la terre en place ;
  • faire une base de mélange pour des semis, une fois bien tamisée et allégée.

Un mot de prudence cependant, sans dramatiser : la terre issue de la profondeur n’a pas toujours la richesse d’une terre de surface travaillée depuis des années. Selon votre jardin, elle peut être plus argileuse ou plus pauvre en matière organique. Le plus sûr est donc de la mélanger au compost avant de l’utiliser.

Au potager, le bon réflexe : tester avant de généraliser

Le sujet divise : certains y voient une terre idéale, d’autres la jugent trop pauvre. La réalité dépend de votre sol. Essayez d’abord un mélange terre de taupinière et compost sur une seule planche ou un seul bac, observez la croissance de vos légumes, puis décidez si vous renouvelez l’opération.

La taupe, une alliée qui travaille le sol

Avant de partir en guerre, un petit détour par les services rendus. En creusant, la taupe aère le sol et contribue à son brassage naturel. C’est un travail que vous auriez du mal à faire aussi finement avec une grelinette.

Ses galeries facilitent aussi le drainage : l’eau s’infiltre mieux localement et s’évacue plus vite. Dans un sol lourd ou compacté, cela limite la stagnation, ce qui n’est pas négligeable après des pluies d’automne.

Et puis il y a le menu. Ce petit mammifère se nourrit d’invertébrés, notamment de larves de hannetons, qui s’en prennent aux racines, et de larves de tipules. Il croque aussi des larves de coléoptères, des chenilles dévoreuses de végétaux et des courtilières, ces insectes capables de sectionner les racines ou de déraciner de jeunes semis. Un auxiliaire gratuit, qui travaille de nuit comme de jour.

Petite précision pour ne pas se tromper de coupable : la taupe laisse des monticules de terre fine, alors que le campagnol, lui, se repère plutôt à ses trous et à ses dégâts sur les racines. Les traitements ne sont pas les mêmes, donc mieux vaut identifier l’intrus avant d’agir.

Comment éloigner les taupes sans leur nuire

Jardinier arrosant une pelouse verte avec un tuyau

Vouloir protéger une zone précise est tout à fait légitime. Il existe des méthodes douces, certaines plus efficaces que d’autres, et vous pouvez aussi lire notre guide sur les solutions douces contre les fourmis de pelouse.

Ce qui fonctionne

La barrière physique reste la plus fiable pour un petit potager ou un massif : un grillage anti-taupe enterré à 50-60 cm de profondeur, avec des mailles solides de 6 à 10 mm maximum, empêche l’animal de passer.

Côté plantes, l’euphorbe épurge et la fritillaire impériale ont la réputation d’incommoder les taupes. Vous pouvez aussi glisser du purin de sureau ou des branches fraîches de sureau dans les galeries. Les répulsifs à vibration, enfoncés dans le sol, perturbent l’animal et l’incitent à creuser plus loin.

Dernière option : le rebouchage régulier des taupinières et des galeries superficielles. Cela peut amener la taupe à modifier son parcours, mais il faut de la répétition, voire de la patience. Et rien n’empêche de récupérer la terre au passage, puisque vous savez désormais qu’elle a de la valeur.

Ce qui ne marche pas (ou pire)

Les gousses d’ail écrasées et le marc de café n’ont pas démontré leur efficacité. Les bouteilles plantées dans le sol, censées vibrer avec le vent, non plus. Quant aux cheveux ou aux poils de chien dans les galeries, autant les garder pour autre chose.

Certaines idées sont carrément cruelles : inonder les galeries ou y placer des morceaux de verre n’a heureusement aucun effet sur les taupes, mais ces pratiques peuvent blesser d’autres animaux. Le poison et les pièges sont à écarter aussi, puisque l’objectif est de cohabiter.

Au final, la taupe n’est pas là pour gâcher votre pelouse. Elle travaille le sol, mange les ravageurs, et vous laisse en prime une terre prête à resservir. Un peu de tamis, un peu de compost, et vos taupinières se transforment en ressource.

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Redaca

Jean-Marc, rédacteur passionné par le jardinage, cultive son amour des mots autant que celui de la terre. À travers des articles floraux, il sème des idées fertiles, dévoilant les secrets botaniques avec une plume vivante. Sa passion éclot dans chaque ligne, invitant les lecteurs à explorer le monde enchanté du jardin.

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