Potager

Manger surtout de son potager se prépare dès l’automne, avec les cultures qui nourrissent le plus

Moins d’un an. C’est le temps qu’il a fallu à un couple installé dans la montagne pour ne presque plus acheter de légumes. Le secret n’a rien de magique : on ne devient pas autosuffisant en juin avec quelques pieds de tomates, on y arrive en planifiant des mois à l’avance, et l’automne est le bon moment pour s’y mettre.

Paula et Alex, presque autosuffisants en moins d’un an grâce au potager

Paula et Alex ont quitté la ville pour une ferme du massif du Montseny, en Catalogne, à environ 70 kilomètres de Barcelone. Ils y sont arrivés en janvier. Moins d’un an plus tard, Paula résume la situation ainsi : « Nous n’achetons presque jamais de légumes , car tout ce que nous mangeons provient de notre propre jardin ».

Au menu de leur potager : poireaux, blettes, choux, brocolis, betteraves et potirons. Seule entorse, quelques carottes et pommes de terre, qu’ils comptent produire eux-mêmes dès l’an prochain. Ils élèvent aussi des lapins et des poules, et complètent avec du gibier. Leur logique est celle d’un potager autosuffisant : beaucoup de cultures robustes, qui tiennent longtemps et qui se récoltent à la demande.

Autre enseignement, plus discret : ils plantent assez pour vendre le surplus aux habitants du coin. Cet argent est réinvesti dans le matériel. Alex l’explique ainsi : « Comme il faut planter beaucoup pour être autosuffisant, nous essayons aussi d’en vendre un peu afin que la structure puisse s’entretenir ». Prévoir large, c’est la règle numéro un.

Quelles cultures nourrissent le plus, et quand les semer ou les planter à l’automne

La source ne donne pas leurs dates de semis, alors voici un calendrier pour un climat tempéré, à ajuster selon votre région. Le principe est le même que celui de Paula et Alex : des légumes qui comptent vraiment dans l’assiette (pomme de terre, courge, chou, racines, alliacées) et d’autres qui restent en terre ou en cave tout l’hiver.

Culture À l’automne Récolte Ce qu’elle apporte
Ail, échalote Plantation d’octobre à novembre Juin à juillet Base de cuisine, se garde des mois
Fèves Semis d’octobre à novembre Mai à juin Protéines végétales, enrichit le sol
Épinards, mâche Semis de septembre à octobre De novembre à mars Verdure fraîche en plein hiver
Choux de printemps Repiquage en octobre Avril à mai Comble la période creuse
Poireaux, blettes, choux d’hiver Déjà en place : on paille et on protège D’octobre à mars Récolte au besoin, sans stockage
Potiron, courge, pomme de terre, betterave Récolte et mise en réserve Septembre à novembre Le gros de l’apport en volume

Vous remarquerez que l’automne mêle trois tâches : récolter et stocker ce qui est mûr, semer ou planter ce qui passera l’hiver, et préparer la saison suivante. Rater l’une des trois, c’est se retrouver avec un trou dans le calendrier quelques mois plus tard.

Préparer le sol et le calendrier dès l’automne

Sol brun couvert de feuilles mortes et de paille

Quand les cultures d’été se vident, le sol ne doit jamais rester à nu. Un paillage épais de feuilles mortes, de paille ou de tontes séchées protège la terre de la pluie battante et du gel, et nourrit la vie du sol. Le compost mûr s’étale en surface, sans retourner la terre à la bêche : les vers de terre l’intègrent bien mieux que vous.

Le travail du sol d’automne sert surtout à décompacter les zones piétinées, à arracher les restes de plantes malades et à rééquilibrer ce que la saison a épuisé. Les pommes de terre et les courges, grosses mangeuses, aiment arriver sur un sol enrichi. C’est là qu’intervient la rotation des cultures : on ne remet pas des choux là où il y en avait, ni des pommes de terre après des pommes de terre. Notez sur un carnet, ou dessinez un plan, ce qui poussait où cette année, car l’année prochaine vous aurez tout oublié : un plan de rotation des cultures se prépare dès maintenant.

Côté calendrier, pensez en trois temps. En octobre, on plante l’ail et les échalotes, on repique les choux de printemps et on récolte ses dernières courges. En novembre, on sème les fèves, on arrache les betteraves avant les grands gels et on couvre les semis fragiles, en gardant en tête la liste des légumes à semer en novembre. De décembre à février, le jardin se repose en partie, vous récoltez poireaux, blettes et choux, et vous commandez vos graines en vous basant sur ce qui a manqué.

Protéger et récolter tout l’hiver

Les légumes d’hiver les plus costauds n’ont pas besoin de grand-chose. Poireaux et choux tiennent bien au froid et supportent plusieurs gelées. Les blettes demandent un peu plus d’égards : un bon paillage au pied et, en cas de gel fort, un voile d’hivernage posé sur les cultures.

Pour les verdures délicates comme la mâche, les épinards ou les jeunes salades, un abri fait toute la différence. Un petit tunnel bas, un châssis ou un voile suffisent à gagner quelques degrés. Une grande serre n’est pas nécessaire. L’important, c’est d’aérer par temps doux pour éviter la pourriture, et de ne pas arroser en excès.

Les légumes qui craignent le gel passent l’hiver à l’intérieur. Les potirons et les courges se rentrent avant les premières gelées et se gardent des mois dans un endroit sec et tempéré, à condition de laisser un bout de pédoncule. Les pommes de terre se stockent à l’obscurité, au frais, dans des cagettes. Les betteraves et les carottes, elles, patientent dans du sable humide à la cave, ou restent en terre sous une bonne couche de paille si le sol ne gèle pas profondément (la méthode est détaillée dans protéger carottes et panais en terre).

Pour compléter, la conservation des légumes en bocaux, la lacto-fermentation du chou ou des carottes et le séchage des aromates prolongent le garde-manger sans congélateur. Quelques légumes vivaces, comme l’oseille, la rhubarbe ou les asperges, reviennent chaque année sans ressemis et allègent le travail.

Carottes et pommes de terre : l’exception de Paula et Alex

Même les fermiers presque autosuffisants ont leurs trous. Ces deux cultures figurent encore à l’achat chez eux, et ils prévoient d’y remédier l’an prochain. Mieux vaut commencer par quelques cultures bien réussies que par vingt cultures moyennes.

Combien de surface et de légumes pour nourrir une famille

Personne ne peut vous donner un chiffre universel. La surface de culture dépend de votre sol, de votre climat, du nombre de bouches à nourrir et de votre appétit pour les pommes de terre. Les chiffres de rendement trouvés en ligne varient fortement d’une source à l’autre, et la source de Paula et Alex n’en donne aucun.

On peut cependant raisonner par ordre de priorité. Ce qui nourrit vraiment, ce sont les cultures qui produisent beaucoup de volume et se conservent : pommes de terre, courges et potirons, choux, betteraves, ail et oignons. Les salades, les radis et les herbes sont agréables, mais ils ne comblent pas l’estomac. Un potager qui couvre l’essentiel de l’alimentation consacre donc la majorité de sa surface aux premières, et le reste aux secondes.

Prévoyez aussi une marge de sécurité. Si une culture rate, une autre doit compenser. C’est exactement ce que font Paula et Alex en plantant au-delà de leurs besoins : le surplus est vendu, et il évite le manque en cas de mauvaise saison.

Les erreurs à éviter dès la première année

Potirons orange alignes sur une etagere en bois

La plus courante consiste à vouloir tout faire d’un coup. Mieux vaut agrandir le potager par étapes, en notant chaque année ce qui a bien marché. La deuxième erreur : négliger le stockage. Une belle récolte de potirons ne nourrit personne si elle pourrit en octobre faute d’avoir été séchée et rangée au sec.

Enfin, ne sous-estimez pas le facteur temps. Entre la plantation des alliacées en octobre, les semis de fèves en novembre et la planification des cultures de printemps, l’automne vous prépare une saison entière. Un potager qui nourrit toute l’année est un potager que vous avez commencé à penser avant de manger vos premières tomates.

🌱 Ne manquez aucune info !

Nous envoyons chaque semaine les articles les plus populaires pour que vous ne manquiez aucune info. Inscrivez-vous dès maintenant !

Nous ne spammons pas ! Seulement deux emails par semaine. Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Redaca

Jean-Marc, rédacteur passionné par le jardinage, cultive son amour des mots autant que celui de la terre. À travers des articles floraux, il sème des idées fertiles, dévoilant les secrets botaniques avec une plume vivante. Sa passion éclot dans chaque ligne, invitant les lecteurs à explorer le monde enchanté du jardin.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page